
















































Avant d’être défrichée puis habitée, l’Europe centrale était couverte d’immenses forêts.
Aujourd’hui, au sud-est de l’Allemagne, à la frontière entre l’Autriche et la République Tchèque, le parc national de la Forêt bavaroise couvre 2 068 km2 dont 98 % de forêts. Il fait partie de la plus vaste région naturelle boisée d’un seul tenant en Europe centrale. Le concept de «Naturalité» y est ici très développé, les vestiges de la forêt primaire sont encore visibles par endroits.

En dehors des forêts, le parc abrite quelques tourbières et lacs glaciaires, vestiges visibles de la dernière glaciation, il y a 8000 ans environ.
En majorité, le parc est composé de forêts mixtes de montagne avec du sapin, du hêtre et de l’épicéa. C’est à partir de 1100 m d’altitude que l’on rencontre les forêts d’épicéas purs de montagne. Le climat y est rude, avec des hivers enneigés, les sols acides sont recouverts de myrtilles, d’airelles, de mousses et de fougères. C’est le domaine du Grand Tétras.
Au sommet du mont Rachel, à 1 453 m, se dévoile un panorama grandiose sur de vastes zones de forêts blanches. Les arbres morts suite aux tempêtes des années 1990, puis le développement des insectes appelés scolytes ont façonné un paysage impressionnant.
Des troncs renversés, déchiquetés, enchevêtrés sur des milliers d’hectares. Le parc a eu le courage de ne pas couper ces arbres et de ne pas brûler l’écorce pour tenter d’enrayer le développement des scolytes. Il a fallut du courage aux hommes et femmes pour défendre ce concept de non intervention dans la nature !
Ce concept qu’ils nomment WILDNIS (en Français Naturalité), est symbolisé dans le parc par une sculpture : une main tenant une arche. Sous l’une d’elle, nous avons croisé le chemin d’un grand corbeau blessé, au contact facile. Dans l’épais brouillard du jour de cette rencontre, tout cela semblait irréel : deux humains, un grand corbeau, une forêt en libre évolution, le brouillard… mystique.
Lorsque la forêt est devenue parc national en 1970, plusieurs espèces d’animaux avaient déjà disparu. Aujourd’hui, des lynxs boréal ont été réintroduits, mais il n’y a plus aucun loup ni aucun ours. La seule possibilité de les voir reste les deux « parcs de vision », avec également des loutres, cerfs, martres, rapaces diurnes et nocturnes, grand tétras, bisons etc. Tout ce qui était autrefois présent à l’état sauvage dans les forêts de montagnes et de plaines environnantes se retrouve aujourd’hui cloisonné dans des enclos plus ou moins grands.
Pour satisfaire les besoins des magazines en illustrations bon marché, ils sont les stars d’une horde de photographes suréquipés en quête du cliché parfait qui fait passer l’animal captif du moment pour son ancêtre, présent à l’état sauvage il y a …. pas si longtemps…
Tels des témoins du passé, ces différents animaux ressemblent aux esprits de leurs ancêtres. Ils ont l’apparence de l’animal Sauvage mais ont perdu leur liberté : une illusion.
Naturalité ?
La naturalité, dans son sens environnemental, renvoie au caractère sauvage d’un paysage ou d’un milieu naturel. Il s’agit d’une traduction, reconnue depuis les années 1960, du mot anglais « wilderness ». La définition de la naturalité peut être tirée du Wilderness Act qui introduit la notion de naturalité dans les termes suivants : est qualifié de wilderness un milieu naturel tel que « la terre et sa communauté de vie ne sont point entravés par l’homme, où l’homme lui-même n’est qu’un visiteur de passage. »
Cette évaluation n’est pas toujours satisfaisante car certains milieux peuvent être naturellement très pauvres en espèces mais d’importance fonctionnelle ou paysagère cruciale. À l’opposé, un biotope très artificialisé peut présenter une biodiversité élevée, artificielle et de peu d’intérêt écologique, voire dangereuse pour l’environnement local (Exemple : arboretum, parc animaliers accueillant une grande diversité floristique et faunistique. La proximité de rejets d’effluents d’épuration ou d’eau chaude de centrales nucléaires peut permettre l’explosion de certains organismes, sans être un idéal de conservation). Juger de la valeur d’un milieu naturel par sa seule richesse en espèces est donc réducteur.
La naturalité ne s’affranchit donc pas du concept de biodiversité, mais le complète, comme c’est le cas pour la connectivité d’un milieu avec le reste de l’environnement naturel aux échelles paysagères et continentales.







